La validité des signatures électroniques

Introduction

Depuis la crise COVID-19 et l'augmentation du télétravail, la signature électronique est devenue essentielle et pourrait bientôt être la norme dans de nombreux secteurs. Notamment, la signature électronique simplifie considérablement le processus de signature des contrats : il n’est plus nécessaire de faire signer des documents imprimés et de les renvoyer par courrier. Cela permet de gagner du temps, de réduire les erreurs, les coûts d'impression et d'envoi, tout en étant plus respectueux de l'environnement. Elle est maintenant une alternative sécurisée et légale à la signature manuscrite.


1. Cadre normatif applicable

Au niveau européen, la signature électronique est régulée par le Règlement (UE) n°910/2014, également connu sous le nom de Règlement eIDAS. Ce texte de loi fixe les règles pour les signatures électroniques et les services de confiance au sein du marché unique européen, remplaçant ainsi l’ancienne directive 1999/93/CE.

En Belgique, la législation relative à la signature électronique est détaillée dans le Code de droit économique, plus précisément les articles XII.24 et suivants, qui établissent les règles pour les services de confiance. En ce qui concerne la preuve des documents, le Code civil (livre 8) définit les notions d'« écrit », de « signature », et de « signature électronique ».


2. Types de signatures électroniques

Il existe trois types de signatures électroniques, classées selon leur niveau de sécurité : simple, avancée, et qualifiée. Le Règlement eIDAS réserve des effets juridiques différents à ces trois types de signatures électroniques.

Toutefois, l’article 25.1 du Règlement eIDAS prévoit un principe général de première importance : « [l]’effet juridique et la recevabilité d’une signature électronique comme preuve en justice ne peuvent être refusés au seul motif que cette signature se présente sous une forme électronique ou qu’elle ne satisfait pas aux exigences de la signature électronique qualifiée ». Il s’agit du principe dit de « non-discrimination ».


En définitive, c’est au juge belge qu’il reviendra d’apprécier la force probante d’une signature électronique (non qualifiée) en vérifiant si elle remplit les fonctions prévues à l’article 8.1.2° du Code civil, à savoir (i) l’identification du signataire et (ii) la manifestation de sa volonté d’adhérer au contenu du document signé.


La signature électronique simple. Ce type de signature est le plus basique. Il peut s’agir :


Bien qu'elle ne puisse être écartée au seul motif qu’il s’agit du type de signature électronique le plus basique en vertu du principe de non-discrimination, sa validité peut être contestée si elle ne répond pas aux critères d’identification du signataire et de manifestation de sa volonté d’adhésion au contenu visés à l’article 8.1.2° du Code civil.


La signature électronique avancée. Cette signature offre un niveau de sécurité supérieur et doit satisfaire aux exigences suivantes :


Il s’agit notamment :


Ce type de signature assure que les données n'ont pas été modifiées après la signature et garantit que la signature est liée de manière unique au signataire. Elle remplit en principe les critères fixés par l’article 8.1.2° du Code civil.


La signature électronique qualifiée. C’est le type de signature le plus sécurisé. Elle suppose (art. 3.11 du Règlement) :

  • le recours à un dispositif de création de signature électronique qualifié (la liste des prestataires qualifiés     est     disponible      via     le     site     du     SPF     Economie (https://economie.fgov.be/fr/themes/line/commerce-electronique/signature-electroniqu e-et#:~:text=Outre%20la%20signature%20%C3%A9lectronique%2C%20le,ainsi%20 que%20l'archivage%20%C3%A9lectronique ) et de la Commission européenne (https://webgate.ec.europa.eu/tlbrowser/#/ ) ; et
  • le respect des exigences du certificat qualifié visées à l’annexe 1 du Règlement eIDAS).

  • Il s’agit par exemple :


    Ce type de signature a la même valeur légale qu’une signature manuscrite, et le juge doit accepter sa validité aux mêmes conditions.


    3. Questions pratiques

    Quid de l’exigence des originaux multiples ? Pour les contrats qui nécessitent plusieurs originaux, l'article 8.20 du Code civil précise que cette exigence est remplie même pour les contrats électroniques, à condition que chaque partie puisse obtenir ou accéder à une copie du document.


    4. Quels documents peuvent être signés électroniquement ? :

    Comment s’assurer contractuellement de la validité de la signature électronique ? Sauf les définitions visées à l’article 8.1 du Code civil et hormis les cas où la loi en dispose autrement, toutes les règles du livre 8 du Code civil sont supplétives (article 8.2 du Code civil). Il est donc possible d'inclure des clauses dans les contrats pour préciser les effets de la signature électronique, comme son équivalence à une signature manuscrite (même s’il ne s’agit pas d’une signature électronique qualifiée), la date de la convention, et la possibilité ou non de reproduire l'original électronique.


    5. Conclusion

    N’hésitez pas à recourir à la signature électronique ! De nombreuses plateformes (DocuSign, YouSign, Adobe Reader, etc.) proposent des services, à des coûts variables, qui vous éviteront de devoir déplacer toutes les parties ainsi que la perte de temps liée à l’impression et la signature des contrats et de leurs annexes. Vous éviterez en outre le gaspillage de papier. Si vous hésitez sur la qualification à donner à la signature électronique (simple, avancée ou qualifiée), précisez contractuellement qu’elles ont la valeur d’une signature manuscrite. Compte tenu du caractère supplétif du livre 8 du Code civil, ceci suffira à déployer les effets juridiques escomptés sur le plan probatoire.

    Août 2024
    La validité des signatures électroniques
    Maxime BORN